Chemins de Sagesse et de Traverse

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Le blog de Marc Alpozzo


La rencontre

Publié par Marc Alpozzo sur 16 Mai 2013, 09:55am

Catégories : #Philosophie

Qu’est-ce qui peut être plus fort ou plus beau qu'une relation réussie avec les autres ? En effet, rien de plus fort, de plus puissant qu’une relation d’amour, ou qu’une indéfectible amitié. Pourtant il n’existe sûrement pas plus difficile que d’aller vers les autres, de réaliser une vraie rencontre. Pourquoi ? Qu’est-ce qui nous effraye chez l’autre ? De quoi avons-nous peur dans la rencontre ? Que désirons-nous réellement ? Pouvons-nous vraiment rencontrer les autres ?

(Conférence du 14 janvier 2012 filmée par Alb
ert Borgel)

Donc dans les deux cas, il y a un choc : certes plus grand chez Frédéric mais aussi chez M. Arnoux. Leur comportement est antithétique : le mouvement s'oppose à l'immobilité. Mais en fait, à travers cette attitude, l'un et l'autre essaient de se dissimuler, ce qui prouve qu'ils ne sont pas indifférents : il y a naissance d'un amour.

Par le regard, je fige l’autre en objet, en forme ou figure, et réciproquement. C’est dans cette seule mesure qu’autrui n’est pas constitué mais seulement rencontré.

Autrui en me regardant me fait prendre conscience que je suis vu. Pris dans son champ de vision, son regard a ce pouvoir de me faire prendre conscience que je suis, et de ce que je suis. Je suis comme percé à jour.

Chacun, qu’il l’accepte ou non, qu’il l’assume bien ou mal, est seul vis-à-vis de lui-même. Je ne peux pas en inviter un autre dans ma tête, je suis le seul à éprouver ce que j’éprouve. Je ne peux pas aller habiter la conscience d’un autre. Personne ne peut vivre, penser, ni décider à ma place. Mais je peux communiquer par le sentiment d’empathie qui est cette capacité de ressentir les sentiments de quelqu’un d’autre.

Car étrangement, l'étranger nous habite : il est la face cachée de notre identité, l'espace qui ruine notre demeure, le temps où s'abîment l'entente et la sympathie. De le reconnaître en nous, nous nous épargnons de le détester en lui-même. Or, je préfère le détester en l’autre qu’en moi. D’où ma haine de l’étranger, celui qui est cet autre que je suis. Je refuse la rencontre.

Le concept d’individu ne se saisit plus tant de la question de l’autre, que du problème de « soi ». Pur produit de la société, l’individu n'est pas une substance objective isolée. Et ce qui oppose le sujet d’hier à l’individu d’aujourd’hui, c’est cette incapacité à vivre la vie sur un mode « collectif ».

La réciprocité est dans le choc de la rencontre. On pourrait vraiment parler du choc de la rencontre.

Dans la relation à autrui, l'autre m'apparaît comme celui à qui je dois quelque chose, à l'égard de qui j'ai une responsabilité.

Mais le visage de l’autre homme ne tient pas sa signification en référence à autre chose. « Le visage est signification, et signification sans contexte. Je veux dire qu’autrui dans la rectitude de son visage, n’est pas un personnage dans un contexte… le visage est sens à lui seul. Toi c’est toi.»

Lévinas indique, qu’ouvrant sur l’infini, le visage est ce qui peut seul m’élever à la condition de sujet. L’autre m’échappe certes toujours ; la rencontre est toujours, même chez Lévinas, une rencontre manquée.

C’est la réhabilitation de l’itinéraire amoureux. C’est le retour de la communication amoureuse. C’est la réinsertion de l’être aimé dans la problématique de l’amour. C’est probablement ce que l’on pourrait appeler la rencontre. Elle ne se réalise que dans la bienveillance et l’acceptation de la fragilité d’autrui. Donc dans l’acceptation de ce que je suis en propre.

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